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L’itinéraire de deux femmes pendant la Seconde Guerre mondiale : Françoise Babillot et Marguerite Ouragaud-Merlas.

 

En septembre dernier, à l’occasion d’une exposition aux archives municipales de Lormont consacrée à Lormont pendant la 2nde guerre mondiale, nous avons découvert un document d’archives intéressant. Un arrêté municipal indiquait qu’en raison de l’arrestation de la pharmacienne Marguerite Ourgaud, un remplaçant devait être trouvé rapidement.Ce fut le point de départ d’un travail de recherche sur cette femme.

 

A l’âge de 26 ans, elle s’engage dans un combat dans l’ombre pour lutter contre l’occupant nazi. Elle transmet des messages. En mai 1944, elle est arrêtée sur son lieu de travail et conduite au Fort du Hâ. C’est à ce moment-là qu’elle rencontre Françoise Babillot. Nous avons travaillé en parallèle sur cette femme. Elle était enseignante au lycée Mondenard (aujourd’hui appelé lycée Camille Jullian). Elle a, elle aussi, fait preuve de beaucoup de courage. Elle était surnommée la « secrétaire codeuse ». Elle transmettait des messages de Londres qui annonçaient les parachutages d’armes et d’hommes. Elle a été arrêtée en mars 1944. Les deux femmes ont ensuite eu un destin croisé.

 

 

 

 

 

 

Elles ont été amenées à Ravensbrück en juin 1944. Elles témoignent de leurs difficultés pendant ce trajet « entassées dans des wagons blindés, dans l’obscurité, dans une odeur pestilentielle […] Nous avons faim, nous avons soif » Le 21 juillet 1944, elles sont transférées de Ravensbrück à Leipzig. Elles ont travaillé dans l’usine d’armement Hasag. Dans une lettre adressée à Himmler, il est mentionné que 10 000 détenus des camps de concentration y travaillaient. En avril 1945, le camp de Leipzig est évacué dans une Allemagne en déroute.

 

La poésie comme une arme

 

Dans le système concentrationnaire, avoir une activité intellectuelle est très rapidement apparue indispensable pour la survie des deux femmes. Françoise Babillot organisait des représentations théâtrales ou même des conférences le soir dans un sous-sol de leur bloc. Les femmes étaient heureuses d’entendre quelque chose qui n’était pas le travail quotidien. Marguerite Ourgaud-Merlas connaissait des milliers de vers. Elle récitait ces poésies à ses amies.

Françoise écrivait des poèmes pour se sortir de sa condition de travailleuse forcée. Tout cela contribuait à maintenir le moral. En travaillant dans l’usine d’obus, elle composait des poèmes. Puis le soir, ses amies lui donnaient des bouts de papier (trouvés dans les poubelles des Allemands) pour qu’elle mette par écrit ses poèmes.

Nous avons retrouvé les originaux des poèmes de Françoise Babillot écrits en déportation au service des Archives du centre Jean Moulin de Bordeaux. Nous avons étudié ces poèmes.

Ils nous ont permis de découvrir les camps de concentration et les conditions de vie des déportés. Leur vie était rythmée par les ordres des Allemands. Chaque matin, il y avait l’appel.

 

Par vent qui griffe comme épines

Par pluie, par neige ou par beau temps

C'est à quatre heures, tristement

Que le grand Reich sonne mâtines

...........

Et l'appel dans la nuit qui vente

Il faut une heure au moins d'attente

Pour que le troupeau soir compté

 

 

 

 

 

 

 

Les conditions de vie insalubres apparaissent.

 

On le trouve un jour par hasard,

Et l’on reste là, l’œil hagard

Devant cette puce claire ;

Ce n’était donc pas de l’urticaire

 

Le camp est lui aussi décrit.

 

Barbelés qui cernent le camp,

Lampes qui, ça et là, s’y branchent

Au loin lumières qui s’épanchent

Semblables, sur un autre camp.

La mort est omniprésente.

 

Ne plus revoir la mort sordide et indécente

Cadavres encor chauds et déjà rejetés

Pantins cadavres livrés aux mains encore vivantes

Comme un rebut hideux, encombrant et pressé

 

On découvre aussi les éléments qui apportent du réconfort au quotidien.

Petites joies, modestes, soit, mais joies quand même

Celle de se retrouver entre amies, doucement

Et chacune évoquant à nouveau ceux qu’elle aime

 

Avoir un livre à soi, tel une chère image

Le garder pour le soir où l’on a soif d’oubli

Se sentir un peu renaître à chaque page

Comme si de très loin revenait un ami

 

L’espoir du retour est décrit dans de nombreux poèmes.

 

Serait-il vrai qu’un jour très prochain je revienne

Vers toi, vers vous, vers les chemins connus,

Que de tout à la fois, fervente, il me souvienne

Et que j’entende au soir, sonner notre angélus ?

 

La création d’une chanson

 

Après s’être imprégnés de ce contexte et avoir travaillé sur la 2nde guerre mondiale, nous avons réfléchi à la manière dont nous voulions restituer ce travail d’histoire. Nous avons travaillé en français sur de nombreux textes :

-L’épilogue de Nuit et Brouillard

-Je trahirai demain (Marianne Cohn)

-Résister (Paul Eluard)

-Strophes pour se souvenir (Aragon)

-Si c’est un homme (Primo Levi)

 

Nous avons ensuite réfléchi à la composition de la musique avec l’aide de notre professeur de musique. Pour la mise en image, nous avons travaillé avec Caline Delhem de l’association Périphéries productions. Nous avons appris qu’un film était une suite de séquences découpées en plan. Nous avons décidé que chaque couplet de la chanson serait une séquence, à l’intérieur chaque strophe serait un plan. Par groupe, nous avons réfléchi aux images à associer au texte. Voici un exemple du travail préparatoire :

 

Conclusion

 

Au final, le projet mené cette année autour de ces deux inconnues : Marguerite et Françoise nous a amené à réfléchir sur cette période de l’histoire.

Nous avons pris conscience que ces deux femmes sont les témoins d’un phénomène plus général où des hommes et des femmes inconnus ont résisté et se sont battus pour survivre. Au-delà de cet apport historique, c’est un ensemble de valeurs qui nous a été transmis par ce projet.

On s’est rendu compte que l’amitié, l’entraide et la solidarité ont été des aspects essentiels dans leur combat. L’art a lui aussi eu une place considérable, c’est un élément libérateur. Même physiquement enfermées, elles ont réussi à trouver le moyen de s’évader. Nous avons fait une demande auprès de la mairie de Lormont pour qu’une rue porte le nom de Marguerite Ourgaud-Merlas. Une réponse positive nous a été donnée car dans le cadre du renouvellement urbain, la commune en a besoin. Nous attendons la concrétisation. Nous remercions Agnès Malenon et le service des archives municipales de Lormont pour leur aide à toutes les étapes de notre travail. Nous remercions le centre Jean Moulin pour leur accueil et la mise à notre disposition des documents d’archives concernant les poèmes de Françoise Babillot.

Nous remercions l’association Périphéries Productions pour l’ aide apportée pour la réalisation de notre clip vidéo. Nous remercions nos professeurs : Mme Poinstaud (musique), Mme Courrèges (français), Mme Demouy (documentaliste), Mme Barthélémy (arts plastiques) et Mme Ruffino (histoire-géographie).

 

AKOGO Ornella, ANABRI Soulaiman, ARAPOVIC Benjamin, AZZEDINE Nadir, BOUGHRIBA Mohamed,CAKMAK Mervé,COULIBALY Louise,DESCAMP Steve,DOYA Cynthia,EDDERNOUNI Lairsen,FERNANDEZ Maria,GUDUK Tuçe,HAMDI Laura,JOURDHAS Lucas,KARA Samet,KURSUN Harun,MALHEIRO Dinis,MANGA François,N’KOU Elise,SABRI Nadia,SANCHEZ Laura,SCHWARTZ Adrian,YOUSFI Chaymaa.

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